Françoise LunardiBiographe, animatrice d'ateliers d'écritureMembre agréé de l'Académie des écrivains publics de France

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Parlons biographie, épisode 2 - Le besoin de laisser une trace de son passage

30/07/2022

Parlons biographie, épisode 2 - Le besoin de laisser une trace de son passage

Dans le premier épisode du blog, je vous ai communiqué ma recette de la biographie. Nous avons ainsi vu que toute biographie est affaire de besoin et d'envie.
Dans les épisodes qui suivent, je vais vous présenter les six grandes familles de besoins qui conduisent à vouloir écrire sa biographie.
Aujourd'hui, nous aborderons le besoin de laisser une trace de son passage.

Dans le premier article de ce blog consacré à la biographie, je vous ai donné ma recette de la biographie. Prenez trois ingrédients de base - la parole, l’écriture et la mémoire – agitez, amalgamez, mélangez soigneusement et longuement pour que les souvenirs imprègnent bien votre récit. Ajoutez-y deux épices de choix : l’envie et le besoin de raconter votre histoire. Votre plat est prêt pour l’impression et le partage. Soyez assurés que votre famille et vos amis se régaleront à la lecture de votre biographie ! Ils risquent même d’en reprendre.

Entrons maintenant dans le vif du sujet. Pourquoi éprouvons-nous donc le besoin de nous raconter ?
Que l’on soit une star de cinéma, un grand sportif, un chef d’entreprise renommé ou alors un parfait inconnu, écrire sa biographie répond toujours à un besoin. Et ce besoin, s’il varie d’une personne à l’autre, il est obligatoirement présent dans tout projet de récit de vie. 
Faisons un petit exercice d’introspection. Pour quelle raison, à titre personnel, pourrais-je être amené à raconter mon histoire ? Je n’exagère pas en disant que chacun d’entre nous a sans doute une motivation qui lui est propre. Cependant, si les raisons sont multiples, on peut les regrouper en six grandes familles, chacune d’entre elles fera l’objet d’un épisode de cet article de blog « Parlons biographie ! ». 
La première d’entre elles est l’envie de laisser une trace de son passage. Pas besoin d’avoir marché sur la lune ou été un chanteur à succès pour cela ! Il n’y a pas de vie inintéressante, toutes méritent d’être racontées. Chacun de nous a vécu de belles expériences : une époque révolue, des rencontres étonnantes, un travail original, des voyages ou encore des passions… D’après une enquête récente, 59 % des Français souhaitent laisser une trace à leurs proches. 59 %, six Français sur dix ! Beaucoup d’entre nous ont d’ailleurs pris la plume pendant les périodes récentes de confinement, pour entreprendre leur récit de vie.
Parce que se raconter dans une biographie, c’est faire revivre son histoire telle qu’on l’a vécue et avec nos propres mots. Cette histoire a forcément été émaillée d’anecdotes et si nous les avons gardées en mémoire, c’est qu’elles revêtaient un caractère spécial à nos yeux. 
Prenons l’exemple de Jeanne : elle a dix-sept ans en 1946, le jour du mariage de sa sœur. La perspective de perdre sa confidente de toujours ne l’enchante guère. Son oncle, qui est alors capitaine de gendarmerie au Maroc, est présent au mariage avec sa famille. Alors Jeanne demande à son oncle : « Dis tonton, tu ne m’emmènerais pas au Maroc avec toi ? » Apprenant cela, son père, furieux, lui dit « pas question que je te donne un sou pour le voyage ». Heureusement, Jeanne a plus d’un tour dans son sac : elle possède une pièce d’or offerte par sa grand-mère qu’elle conserve précieusement dans l’armoire de sa chambre. Elle court donc la chercher, mais découvre que la pièce a disparu, son père, qui avait tout deviné de ses projets, est déjà passé par là. 
À quatre-vingt-treize ans, Jeanne me raconte ce souvenir avec beaucoup d’amusement. S’il est resté aussi vif dans sa mémoire, c’est parce qu’il représente pour elle un événement important : l’affirmation de sa volonté devant son père, l’audace du départ à l’étranger, elle qui n’avait jamais dépassé les limites de son département de naissance. Jeanne est bien partie au Maroc avec son oncle et sa famille et elle y a passé ce qu’elle considère comme les plus belles années de sa vie. 
Bien sûr, cette anecdote aura une place centrale dans sa biographie. Et pas seulement parce qu’elle est amusante, mais aussi parce qu’elle en dit beaucoup du caractère de Jeanne et qu’elle est la première d’une longue brochette de souvenirs de ses années marocaines. C’est d’ailleurs sa petite-fille qui a demandé à Jeanne d’écrire son histoire de peur de perdre tous ces jolis souvenirs que son aïeule avait l’habitude de lui raconter lorsqu’elle était enfant.
Comme c’est le cas pour Jeanne, chaque biographie va s’organiser autour d’anecdotes emblématiques de notre parcours, par leur drôlerie, l’émotion qu’elles suscitent ou encore parce qu’elles s’inscrivent dans un contexte historique particulier. Ce sont ces petites histoires qui vont faire la saveur du récit et susciter l’intérêt du lecteur. Et plus nous sollicitons notre mémoire lors de la rédaction d’une biographie, plus les souvenirs affluent. Un conseil : n’oubliez pas de les noter au moment même où ils surgissent – souvent au milieu de la nuit si j’en crois les narrateurs avec lesquels j’ai travaillé !
Se raconter dans une biographie c’est donc en premier lieu fixer sur le papier nos souvenirs, les enrichir en stimulant sa mémoire, ne pas oublier tout simplement. C’est faire ressortir nos réussites, nos déceptions, nos expériences. En offrant cette biographie à nos proches, en leur faisant ce cadeau précieux et très personnel, on continue ainsi à vivre dans leur mémoire. 
Finalement, écrire son autobiographie, c’est un peu accéder à l’immortalité.